Devant
cette mer immense et grise, devant ces îles allongées dans leur platitude
modeste comme pour ne pas déranger l’horizon, devant ces nuages irrésistibles
tout à leur course immuable, devant ces pierres assemblées et blanchies en
tentatives de maisons, minuscules spectatrices qu’un théâtre s’est donné à
lui-même, je voudrais avoir les yeux, la peau, l’ouïe, le nez , la langue,
le ventre et l’esprit pour capter les infimes vibrations du vent, le crissement
du galet qui quitte la falaise, la solitude unique du regard caché derrière la
fenêtre, le camaïeu des bleus des
morceaux de nuit entre les étoiles, des bleus des yeux des nouveaux nés, je
voudrais aimer tous les parfums par-delà les murs des jardins, toucher sur ma
peau la meurtrissure des liens qui unissent la poussière au sentier, sentir
passer dans ma gorge comme miens tous les cris de l’univers, je voudrais
accepter le poids des choses, le poids des êtres, le poids des faits, accepter
les pulsions des désirs, les fulgurances des pensées, les besoins des âmes, des
corps et des cailloux, enfin, je voudrais, dans les remous du fleuve du temps,
dans le vide entre les instants, plonger tout entier et ressortir, comme au
premier souffle du monde, sur les îles nées de ma liberté.
dimanche 12 novembre 2017
jeudi 31 août 2017
Petite fable dans le style de La Fontaine
Par un beau jour d’été, une jolie sylphide
Promenait son minois sur
la mousse humide
Un gros porc, lui,
promenait son bide.
Vous, vous pensez déjà à
une histoire sordide.
Mais en réalité voici ce
qu’il advint.
Effrayée, l’ingénue en
voulut au destin
De lui faire rencontrer
un être si vilain
Et tout contre son cœur
serra son sac à main.
« -Dégage mon
chemin, vil animal lubrique
Je vois dans ton regard
des idées sataniques. »
« -Mais non ma
toute mignonne, surtout pas de panique
Je suis un porc gentil,
ne me faites pas la nique. »
En se bouchant le nez et
en le bousculant
Elle s’enfuit vite et
loin en courant et hurlant
Laissant là le porc
triste avec son cœur souffrant,
Son âme blessée
entre des bras ballants.
Elle ne vit pas le loup
qui était à ses trousses.
Le bas du corps en rut
et la gueule pleine de mousse
Il se voyait déjà
croquant la jeune frimousse.
C’était sans compter sur
notre porc et sa frousse.
Sa frousse certes mais
son courage aussi
Car, voulant la
défendre, il fut vite occis
Par la bête méchante qui
le laissa sans vie
Et oublia la belle dès
l’estomac rempli.
A construire une leçon
servira ce malheur.
Je m’en viens vous la
dire. Vous la saurez sur l’heure.
Ouvrez bien vos oreilles
surtout n’ayez pas peur :
« La beauté de la peau
n’égale pas celle du cœur »
lundi 29 mai 2017
Souvenir de Marrakech
les mains du feutrier
tout un jour
patiemment
à réconcilier les fibres
de la laine
pour faire un chapeau
puis se mettre sur la
tête
le vent de la montagne
les poussières bleues du
désert
le soleil rouge des
coquelicots
les mains calleuses des
bergers berbères
et la chaleur des seins
des cardeuses du souk
lundi 26 décembre 2016
LIBERTE
je blesserai
la nuit
pleine
du non-présent
passé
du non-présent
futur
d’une déchirure
de lumière
neuve
et j’y crierai
ma liberté
lundi 12 décembre 2016
SOUVENIR DE L'ILE DE LA REUNION
tu entres à Salazie le
cirque vert t’absorbe
tu rampes au raz de la
toison verte omniprésente
elle t’accueille elle
t’attendait humide et tiède
sur les falaises
verticales au sommet des pics à fond de ravine
les daturas sonnent à
ton passage leurs cornets d’un parfum mortel
si doux jaune blanc rose
violet versicolore
les bosquets de bambous
explosent çà et là
en chapeaux de Gilles de
carnaval
la forêt dans son
innocence primordiale
ose tous les délires
toutes les chimères tous les accouplements
tu t’égares tu te perds
tu t’oublies
tu es revenu là d’où tu
n’aurais jamais dû partir
soudain dans ce
chambouli maternel
où la terre est une mer
figée dans la tempête
tu t’es retrouvé
jeudi 15 septembre 2016
ESSENCE ULTIME
dans l’instant suspendu
d’une angoisse extrême
quand la mort au ventre
a envahi l’esprit
d’armées de colère
enarmurées de haine
il advient quelquefois
dans un basculement
une déchirure
un rapt irrésistible
dans un rêve éveillé
un souffle retenu
une clairvoyance
un pur consentement
qu’apparaisse la trame d’amour
l’essence ultime de ce qui est
où se brode le fil des vies
mardi 10 mai 2016
CAP VERT
angles bruts de la pierre
mémoires tranchées
à petite et grande
échelle
face au soleil
dans les yeux
sous les pieds
le triangle droit
surgi du cosmos
et toute la géométrie
cubique
des fractures éboulées
aux marches des sentiers
aux pavés des routes
aux cubes des murs
des cubes des maisons
folie cubique que
les gros galets ronds de
la plage apaisent en
faisant l’amour à
l’océan
mardi 12 janvier 2016
mardi 10 novembre 2015
JARDINS
je rêve de jardins
clos
comme des mondes
où
une lumière
blonde
glisse et luit
sur
des vieilles pierres
chaudes
en forme de murs
de
bassins et de fontaines
les
allées ombragées
fraîches
et sablonneuses
vibrent
avec les feuilles
sourient
avec le vent
respirent
avec mes pas
elles
ne mènent nulle part
qu’à
la pensée de toi
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